Les roses tourmentées

I

Des roses sur l’asphalte et dans mes yeux le rouge,
Celui des profondeurs où nulle ombre ne bouge.
Traqué par le destin, on cède face à l’âge ;
Je sais qu’un jour viendra, s’embraseront mes pages.
Le peintre et son pinceau, ainsi que le poète,
Ne sont que messagers, les témoins d’une quête.
La lumière, le pourpre, errent dans mes entrailles,
Le bourbier de mon âme.
Le cœur dans la tenaille,
On attend la faucheuse, on espère la vie,
On échappe à la foi et la fin retentit.

II

Des roses sur le marbre où mes larmes s’éclatent
Et viennent s’apaiser en un son écarlate ;
Des pantins dans la brume, des fantômes cherchant
Un vicieux bout de vie, voire un prélèvement
De joie. Ils sont, hélas ! pieds et poings attachés,
A l’arbre humanité, loin d’une liberté.
Demeurons tous égaux face à la mort, Enfer
Ou Paradis, qu’importe ! brisons nos liens en fer,
Remplissons d’un peu d’eau le vase de nos fleurs,
Des roses tourmentées.
Maladives pour l’heure.

III

Des roses perverties – dans un monde commun.
Nous avons tous semé leurs graines et chacun
Se cache habilement derrière leurs pétales,
Comme pour oublier les idéaux du mal.
Ô terribles déesses !
Ô mes tendres diablesses,
Je dévore vos fleurs, vos épines me blessent ;
Sacrifice, douleur, souvenirs interdits,
Et chaque nouveau jour, en descendant du lit,
Je vois les cauchemars s’enfuir de ma conscience
Et des roses percées les poursuivre en silence.

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