Zombie, nous le sommes
Car nous avons acquis
Cette faculté moisie
De se nourrir de l’homme
Carnassiers devant l’éternel
Assoiffés d’irréel
Meurtris des bas fonds
A genou, soumission
Carapaces, boucliers charnels
Pharmacie illusoire
Face au venin intemporel
Masques à gaz, gilets par balle
Dérisoires, sédition réactive
A l’heure où on se parle
Tout n’est plus question
Que de contraintes maladives.
J’en pleure et j’en subis
Des litres de remords
Par vagues submersives
J’en pleure des torrents
Qui transpirent la mort
Qui réclament à tout vent
La levée du barrage,
La jetée du sort
Que sonne la libération,
Comme un vulgaire message
Comme cette dernière page,
Synonyme d’absolution.
Auteur/autrice : Axel Aquitan
Horreur boréale
Horreur,
Quand tu t’éveilles,
Naufrageuse, irréelle,
Boréale,
Mais qui es-tu ?
Quand est-ce que tu me tirailles ?
Au travers des murs, du ciment
Quand est-ce que tu transperces
Les joints et la mitraille
Au delà des vents
Et de ses vulgaires prémices
Horreur,
Tu n’étais que boréale,
Sous tes effluves, sous tes vices,
Cachée sous tes attirails,
Enfermée dans tes lagunes
Et dans ce soupirail.
Tu n’es que cet enfant,
Qui hurle et qui chiale
En surpassant les dunes
Et sous les sentiments
Abruptes, derrière le mal
On entend les supplices
De tes peurs lacrymales
Jongler avec l’esquisse
D’une douce terminale.
Contraires
Tu regardes devant
Tes peurs et tes chimères
Tu n’es que cet enfant
Qui marche à vent contraire
Car depuis les Prémices
Tu attends le signal
Feu vert pour précipice
Destin subliminal
Tu as toujours rêvé
D’affronter tes démons
D’aller enfin percer
Les murs de ta raison
Céder ton âme au Diable
Lui confier ton esprit
C’est un guide valable
Pour arpenter la nuit
Quelqu’en soient les rouages
Tu deviendras celui
Qui dans ton sarcophage
Patiente et se languit
Tu regardes devant
Tes peurs et tes chimères
Tu grandis lentement
Toujours à vent contraire
Quand la folie te guette
Quand le froid te saisit
Tu admets ta défaite
De ton regard meurtri
Tu rejoins ta carcasse
Pour aller la traîner
Dans une autre crevasse
Un gouffre ou un fossé
Les moments de répit
Viennent tel un venin
Provoquer ta furie
Et en rompre les freins
Vivre sans retenue
Ouvrir ton cœur au monde
Te voilà bien perdu
Sur cette mappemonde.
Tu regardes devant
Tes peurs et tes chimères
Tu restes patiemment
Debout à vent contraire
Seul devant ton miroir
Tu attends de nouveau
L’instant où l’éclair noir
Percera ton caveau
Tu peuples ta démence
D’innombrables voyages
Empales ta conscience
En guise de forage
Le vice est ta vertu
Tu l’as vite compris
Combien de temps crois-tu
Pouvoir tenir ainsi ?
Mais quelque soit ta rage
Tu es devenu celui
Qui dans ton sarcophage
S’éveille et se réjouit.
Tu regardes devant
Tes peurs et tes chimères
Tu es seul maintenant
L’âme et le coeur ouverts
Tu contemples le vent
De ton nouvel hiver
Tu souris doucement
Maudit par cet envers.
Tu souris vivement
Vérolé par ces vers.
Paris s’oublie
Paris s’oublie
Paris séduit
Paris sourit
Paris s’enfouit
Paris rugit
Paris gémit
Et se réjouit
Quand vient la nuit
Paris depuis
Des décennies
Offre sa vie
Au plus bas prix
Paris se joue
De cet enjeu
Paris est fou
Et c’est tant mieux
Paris s’oublie
Paris séduit
Paris sourit
Paris s’enfouit
Paris s’oublie
Et se raccroche
A tous les cris
De ses Gavroches
Paris danger
Pari perdu
Les dés jetés
Paris foutu
Et les terriens
Sont par ici
De petits riens
En inertie
Soir de grand bal
Les chiens aboient
La capitale
Est aux abois
Paris s’oublie
Paris séduit
Paris sourit
Paris s’enfouit
Paris renie
Sa fin meurtrie
Et se blottit
Dans sa folie
Velours
Je caresse ta peau et tout s’arrête autour,
Le temps, la pluie, la peur, les chiffres de l’horloge,
S’effacent du cadran, on dirait de l’amour,
Ce petit sentiment dont nous faisons l’éloge.
Ma main – et mon aura – se baladent partout
Sur les murs de la sphère où nous rêvons de mort,
Et dans le creux profond de nos ombres de fous,
Nous regardons pousser les fleurs des mandragores.
Je longe les parois de ton si joli crâne,
Et derrière tes yeux, derrière ton chagrin,
Je reviendrai mâcher un peu de valériane,
Mon sommeil sera lourd, et mon rêve serein.
La vie semble parfois ne plus vouloir de nous,
Au bord du précipice, on attend la glissade,
Les mailles du filet se resserrent d’un coup,
On accepte le sort, et notre esprit s’évade.
Je caresse ton âme et dévore ton corps,
Les portes d’un jardin resté inexploré,
Vont s’ouvrir devant moi, car tu sais que j’explore,
Les terres inconnues, ô sensualité.
Les roses tourmentées
I
Des roses sur l’asphalte et dans mes yeux le rouge,
Celui des profondeurs où nulle ombre ne bouge.
Traqué par le destin, on cède face à l’âge ;
Je sais qu’un jour viendra, s’embraseront mes pages.
Le peintre et son pinceau, ainsi que le poète,
Ne sont que messagers, les témoins d’une quête.
La lumière, le pourpre, errent dans mes entrailles,
Le bourbier de mon âme.
Le cœur dans la tenaille,
On attend la faucheuse, on espère la vie,
On échappe à la foi et la fin retentit.
II
Des roses sur le marbre où mes larmes s’éclatent
Et viennent s’apaiser en un son écarlate ;
Des pantins dans la brume, des fantômes cherchant
Un vicieux bout de vie, voire un prélèvement
De joie. Ils sont, hélas ! pieds et poings attachés,
A l’arbre humanité, loin d’une liberté.
Demeurons tous égaux face à la mort, Enfer
Ou Paradis, qu’importe ! brisons nos liens en fer,
Remplissons d’un peu d’eau le vase de nos fleurs,
Des roses tourmentées.
Maladives pour l’heure.
III
Des roses perverties – dans un monde commun.
Nous avons tous semé leurs graines et chacun
Se cache habilement derrière leurs pétales,
Comme pour oublier les idéaux du mal.
Ô terribles déesses !
Ô mes tendres diablesses,
Je dévore vos fleurs, vos épines me blessent ;
Sacrifice, douleur, souvenirs interdits,
Et chaque nouveau jour, en descendant du lit,
Je vois les cauchemars s’enfuir de ma conscience
Et des roses percées les poursuivre en silence.
Dissection de l’âme à cœur ouvert
Quelques souvenirs à l’odeur froissée,
Raniment la flamme et en même temps,
La chaleur flottante et destituée,
De mes vieux soupçons aujourd’hui fuyants.
Et j’entends parler le psychanalyste,
Qui vient maintenant disséquer mon âme,
Je veux simplement être sur la liste,
Des acteurs du monde et de tous les drames.
Je vais donc laisser libre cours aux rêves,
Car je crois en eux, en leur thérapie,
Les vieux comédiens guettant la relève,
N’ont jamais cherché à défier la vie.
Je vais m’attacher à une intuition,
Bien que peu fondée, elle deviendra,
L’essence infinie de mes pulsations,
Le rythme endiablé de ma bonne aura.
Je fuis l’ennemi qu’on nomme souvent,
Réalité, oui, cet étrange roc,
Qui se fortifie, attend patiemment,
Mon premier faux pas pour briser le bloc.
Je m’efforcerai d’éviter les pièges,
Et je trouverai, peu importe quand,
Ma place parmi l’immense cortège,
Des rêveurs suçant la vie librement.
Le vieux sorcier et sa formule humaine,
S’arrache mes sens, il veut annexer,
Mon esprit et moi, j’arbore la haine,
Que j’ai entrevue dans ses yeux glacés.
Il ne vit que pour ma fragilité,
Mon âme est intacte, il veut la poursuivre,
Il a épargné mon cœur ébranlé,
A cœur ouvert donc, il me reste à vivre.
Souveraine
Je fixe ton regard, et je baisse les yeux,
Quel insolent je fais, moi, le présomptueux,
D’avoir cru un instant que je pouvais ainsi,
Me mesurer à toi, te lancer ce défi.
Mais c’est les yeux fermés qu’enfin je t’aperçois,
Lorsque je veux te fuir, je te retrouve en moi,
C’est alors que tu fais le siège de mon âme,
Face à toi, mes soldats doivent rendre les armes.
Tu pilles mes trésors, tu brûles mes domaines,
J’implore ton pardon, ma douce Souterraine,
Laisse-moi m’abaisser aux pieds de ta statue,
Ma dignité se meurt, et pour toi je me tue.
Mais quand enfin mon cœur cloué sur une croix,
Se soumet humblement après tant de combats,
Tu t’éloignes au galop, toi, ma féroce Reine,
En me laissant ainsi prisonnier de tes chaînes.
Océane
Océane ô, chère Océane,
Je t’ai cherchée durant la nuit,
Et j’ai frotté mon pauvre crâne,
Sur les parois de tes longs cris.
Océane ô, ma fugitive,
J’ai écumé tous les pays,
Pour finir là, entre deux rives,
A me ronger l’âme, noircie.
Océane ô, douce Océane,
Aussi haut que j’ai pu monter,
Je t’ai pistée, ma courtisane,
J’étais guidé par ta clarté.
Océane ou le souvenir,
D’une pensée trop idyllique,
D’un rêve qui n’ose aboutir,
D’une rumeur mélancolique.
Océane et ton atmosphère,
Lyrique et puis, tous ces gens ivres,
Qui t’ont clamée sur notre sphère,
Et réclamé le droit de vivre.
Océane où t’éloignes-tu ?
Pourquoi fuis-tu mon épopée ?
Et tu repars chez tes pendus,
A qui tu vends tes yeux figés.
Océane oui, tu te cachais,
Dans cet endroit sentant la mort,
Mais aujourd’hui, enfin je sais,
Océane ô, je cherche encore.
Briseur de rêves
Soumission. Affliction. Quelques appels profonds,
Des gestes d’imploration vers la béatitude,
On profite on se pli, on coule tout au fond,
Sans jamais réagir, avec pour seule amie,
La solitude,
et dans le cœur un hameçon,
Tout s’éloigne très vite, la sensibilité,
Les cordes qui liaient nos âmes à nos vies
Et les petits détails de nos identités,
Regagnent les sous sols de nos rêves brisés.
Atteindre le sommet et se laisser tomber
Le vent transpercera nos regards fabuleux,
Ô, barbarie, tu viens nous prendre, ô, cruauté,
Tout ce sang écoulé, j’insiste, je veux fuir,
Moi l’audacieux,
j’assiste en cette fin d’année,
A la chute endiablée de nos défunts espoirs,
Et sur un grand bûcher – dressé pour en finir –
On a placé nos joies, nos rires, nos mémoires,
Nos souvenirs d’enfants et nos rêves si noirs.
Je viendrai échouer sur la plage des morts,
Où se sont entassés les rêveurs, les infâmes,
Les murs de ma bouteille,
les échos de mon âme,
Tout autant de reflets qui font du décor,
L’ennemi du sommeil.
Et j’irai m’élancer,
Du rocher des remords, destination danger,
Recoller des lambeaux de soleil sur ma peau,
Et puis descendre au fond, le désir retrouvé,
Au fond du gouffre obscur pour trouver du nouveau.
L’horizon se répand sur les bords de ma sphère,
Et jusque dans ma tête, on entend les sanglots,
Et jusque dans mes yeux, on distingue la guerre,
Le pas des chars d’assaut, les corps gisant des lâches,
Le sang qui coule à flot,
et lorsque mes paupières,
Se referment enfin, nous enterrons la hache.
Quelque soit l’objectif, enfer ou ciel, qu’importe !
Je saute face au vent, sans doute ni prière,
Connaître l’inconnu, ouvrir toutes les portes.